LA VOIE ALCHIMIQUE DU CORPS DE GLOIRE

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LA VOIE ALCHIMIQUE DU CORPS DE GLOIRE

Autre 30 juillet 2015
LA VOIE ALCHIMIQUE DU CORPS DE GLOIRE

Extrait de L’Art secret d’Alchimie par Mère Nature, Bernard Fréon, 1991, Editions Télètes, p. 1-14.

 

 

La tradition alchimique et hermétique occidentale est la perpétuation des anciens Mystères égyptiens. Des égyptiens elle passa aux grecs, puis aux néo-platoniciens et aux philosophes arabes, par l’intermédiaire desquels elle parvint en Europe au XIIe siècle, à l’époque des croisades, grâce aux contacts qui s’établirent entre les croisés et divers courants ésotériques du Moyen-Orient.

Il est probable que l’alchimie égyptienne soit d’origine indienne. Concernant l’éventualité d’une étroite parenté entre l’ésotérisme hermétique de l’Égypte et la tradition indienne, Jean-Louis Bernard, dans son ouvrage Histoire secrète de l’Égypte nous rapporte plusieurs éléments en cette faveur.

« Le témoignage grec le plus intéressant est celui d’Apollonius de Tyane (Ie siècle de notre ère) qui visita l’Inde jusqu’à l’Himalaya, et l’Égypte au-delà de la première cataracte. Sa vie, écrite d’abord par un disciple, compagnon de tous ses voyages, œuvre perdue, avait été réécrite sur cette base et sur d’autres témoignages par Philostrate, sous le règne de Septime Sévère. Au cours de son périple à travers l’Inde, le sage Apollonius séjourna dans une lamaserie sous-himalayenne et s’y entretint avec ses pairs. Ceux-ci se souvenaient de l’histoire très ancienne de leur pays ; et leur chef et porte-parole évoqua ainsi la création de l’Égypte :

Il y avait un temps où les Ethiopiens habitaient dans ce pays, car c’était une race indienne ; l’Éthiopie n’existait pas encore, mais les frontières de l’Égypte dépassaient Méroé et les cataractes, incluant d’une part les sources du Nil et de l’autre s’étendant jusqu’à ses embouchures.

En somme l’Égypte avait été, selon le sage indien, une colonie de ces Ethiopiens originaires de l’Inde. Partis des sources du Nil, ceux-ci dominèrent la vallée qui devenait pour eux un nouveau Gange ! »

Le caractère de l’hermétisme alchimique occidental est intimement lié au triple mystère de la renaissance de l’esprit, de l’âme et du corps, tout comme dans les traditions himalayennes où le but de l’ascèse initiatique est de créer chez l’adepte les conditions d’une immortalité physique ou tout au moins d’assurer la pérennité de la conscience après la mort, grâce à la réalisation du corps de gloire solaire, ou corps de lumière.

En ce sens, l’alchimie opérative est en rapport étroit avec le corps d’énergie-conscience qu’il s’agit de faire passer du stade saturnien (le plomb) au stade solaire (l’or). Elle n’est pas un ensemble de recettes destinées à faire de l’or, ni un simple processus psychologique, mais bien un ensemble de processus microcosmiques en rapport avec l’intelligence et l’énergie de la vie cellulaire.

Les modalités opératoires pour réaliser une intensification et une transmutation de la vie du microcosme humain constituent l’arcane hermétique, le “secret des Anciens”, l’arcane alchimique du corps glorieux.

Bien qu’il soit possible de concevoir différentes modalités de survivance pour tout ou partie du phénomène complexe qu’est l’être humain, d’un point de vue authentiquement traditionnel, cela n’a aucun rapport avec l’immortalité, laquelle représente nécessairement un affranchissement et un dépassement de la condition humaine ordinaire.

L’Occident professa cette réalité initiatique jusqu’à l’antiquité hellénique, période au cours de laquelle les mystères furent démagogiquement profanés, déformés et dénaturés. Depuis lors un ensemble de croyances erronées s’est perpétué, soigneusement entretenu par les divers exotérismes religieux, serviteurs inconscients des forces dont le seul intérêt est de maintenir l’humain dans le “garde-manger” terrestre comme “bétail des dieux”.

Aujourd’hui encore, les paroles de Platon sont tout à fait d’actualité ; à savoir : « que quiconque n’a pas reçu l’initiation, ne s’est pas épuré et parvient aux enfers, sombre dans la fange, et que seul pénètre l’Eternité, celui qui a mené une vie mystique. »

Le passage de la condition humaine mortelle à l’immortalité est possible à la condition d’une transformation effective de la personnalité illusoire qui permet l’accès à l’état central de l’Être, à l’homme-réel.

Une telle réalisation est le but des enseignements hermétiques et de la mise en œuvre des procédures alchimiques par lesquelles l’adepte atteint à une renaissance après une mort volontaire. Toute l’œuvre externe et interne se résout en trois phases : tout d’abord, la phase de dissolution qui se caractérise par la noirceur, puis le travail de purification qui s’achève avec la blancheur et enfin la rubification solaire où l’adepte atteint l’auto-libération en actualisant la nature originelle, pure et indestructible de la conscience.

Pour parvenir à la pure lumière de la conscience solaire, il est nécessaire de sortir de la vision dualiste en cessant de se croire un sujet connaissant séparé de l’objet connu. La réalisation de la véritable nature de l’esprit ne peut s’effectuer que par la conscience elle-même ; c’est-à-dire qu’il faut être la conscience, réaliser, intégrer que nous sommes déjà cette conscience-là.

Si le saut dans la conscience est bien la clé du problème, il ne peut être réussi sans l’abandon des croyances, le dépassement des divers déterminismes et la désidentification du phénomène humain.

« Votre premier devoir, mon enfant, dit Mejnour dont l’impassibilité correspondait à la froideur de ses paroles, est de réprimer toute pensée, tout sentiment, toute sympathie qui vous rattache à autrui. Le premier degré de la science est de faire de vous, de vous seul, votre étude et votre univers… Qu’importe alors le genre humain ? Perfectionner vos facultés, concentrer vos impressions, voilà désormais votre unique but. »

Dans tout homme, la conscience pure est présente, mais elle est voilée, cachée par la structure égotique et son mode de comportement. L’ascèse alchimique interne et la réalisation du Grand Œuvre entraînent la transformation qui s’opère chez l’adepte en permettant sa renaissance dans la lumière de la conscience après la mort de sa personnalité illusoire. La nature accomplit ainsi ce à quoi elle est destinée.

Hélas trop souvent elle s’arrête en route, aussi l’homme doit-il entreprendre lui-même cet accomplissement pour réveiller en lui le dieu de lumière qu’il recèle. Jadis, les initiations antiques menaient l’initié à cet accomplissement, au réel adeptat. Citons Apulée qui était passé par les mystères d’Isis : « J’ai approché le royaume de la mort, et après avoir franchi le seuil de Perséphone, déesse de la mort, j’ai traversé tous les éléments et je suis revenu. Au milieu de la nuit, j’ai vu le Soleil lancer d’éclatants rayons, j’ai approché les dieux du monde inférieur et supérieur et je les ai adorés face à face. Voici, je t’ai fait part de ce que tu ne peux comprendre, quoique tu l’entendes. »

Connaître dans la tradition hermétique est donc un “voir” libérateur auto-réalisant. C’est en ce sens que la connaissance est justement “hermétique” au sens propre de fermée, car tant que l’on n’a pas été capable d’en faire l’expérience directe dans notre propre esprit, elle demeure inaccessible. Pour celui qui n’a pas vécu l’initiation, l’expérience de la mort ne peut se transformer en renaissance car il y fait défaut la connaissance, c’est-à-dire la conscience, un état de conscience ayant intégré préalablement le processus même de la mort au sein de la vie, intégration qui éveille l’adepte à l’éternité et fait de lui un véritable Osiris.

Tout homme est de par son état primordial, un rayon de Ur-Osiris, mais il est tiraillé par les forces de l’ego et de la nature inférieure : Seth-Typhon. Incarné dans le corps terrestre qui lui fait office de cercueil, l’homme est jeté dans le fleuve de la vie perturbé par une multitude de “moi”, expression d’une conscience en miettes, excentrée et obscurcie par le voile des pulsions et émotions perturbatrices.

C’est alors qu’Isis, expression du pouvoir de cohésion qu’est l’amour inhérent à la conscience pure, aidée d’Anubis (la vision juste et intuitive), recherche et trouve les morceaux du corps d’Osiris, c’est-à-dire recentre et dévoile par là-même la conscience dans sa nature originelle, entraînant la naissance d’Horus : l’état de conscience-énergie-lumière, le corps de gloire solaire ou corps de lumière.

Le mystère d’Osiris est une représentation de l’initiation hermétique qui mène l’homme à l’adeptat grâce à la reconnaissance de la véritable nature de l’esprit, qui est présence ineffable de la clarté et de la conscience unies dans l’amour, dans l’écoulement éternel, ininterrompu de l’énergie.

L’homme qui devient lui-même un Osiris en passant par la mort consciente de l’initiation, se retrouve exalté, magnifié en Horus qui, tel un pur cristal, émane les couleurs de l’arc-en-ciel. Si le cristal peut être symboliquement comparé à notre état primordial retrouvé, la lumière aux cinq couleurs de l’arc-en-ciel manifeste alors la dimension de notre énergie lorsqu’elle se trouve dans l’essence pure des cinq éléments. Cette pureté peut se manifester à l’adepte sous formes de sons et de visions colorées lumineuses et cristallines, indiquant que le niveau ordinaire de conscience purifié par l’ascèse et recentré sur un des points secrets localisé dans le corps, s’est élevé dans le premier plan du monde subtil dont la contrepartie correspond dans le microcosme humain au corps lunaire .

Si ces phénomènes sonores et visuels en tant que manifestations de notre propre conscience et énergie sont importants comme signes de progrès, il est par contre capital de ne pas s’y attacher. Nous éviterons ainsi de bloquer le processus de dévoilement des six degrés de dualité menant au septième degré : l’unité.

Lorsque la conscience se recouvre du voile des pulsions et émotions perturbatrices, nées de l’attachement, qui engendre le sens de la séparativité et donc de la dualité, l’énergie se densifie, la matière se manifeste, et l’homme reste prisonnier d’une vie illusoire comparable à un rêve. Les phénomènes tangibles et notre existence n’ont d’autre fondement que notre vision linéaire et dualiste.

Comprendre ceci et le réaliser dans notre expérience quotidienne est fondamental pour la réalisation du corps de lumière.

Cette compréhension est un arcane : un des mercures philosophiques, car notre état de conscience détermine toutes les formes que peut prendre notre existence. Tout comme le mercure qui est une substance aqueuse, mi-volatile, mi-fixe, la conscience peut se manifester et se manifeste à travers toutes les formes et phénomènes, étant extrêmement plastique. Mais auparavant elle doit être débarrassée de la gangue qui l’obscurcit et réapparaître dans son état de pureté originelle.

La conscience voilée : Osiris est enterré dans l’homme. Celui-ci doit la chercher dans les ténèbres de son être terrestre, avec amour, guidé par la vision intuitive, la vue juste, jusqu’à la trouver dans la rivière des énergies encloses dans le corps ; puis Seth ayant découpé le cadavre d’Osiris en 14 parties, c’est-à-dire en 7 puissances actives et 7 puissances passives psycho-énergétiques : les 7 chakras polarisés en positif et négatif, par la puissance du feu de l’amour, il faut les réunir dans une même vibration d’énergie-conscience qui se caractérise par trois phases essentielles, à travers un parcours ascendant en sept degrés, afin que le phallus de feu d’Osiris, dressé dans la colonne vertébrale de l’adepte, copule avec la matrice d’Isis (le cerveau dans la coupe crânienne) et y engendre Horus. Ainsi l’adepte réalisé peut désormais dire de lui : « Je suis l’Hier, l’Aujourd’hui et le Demain. Je suis Geb-Osiris-Horus ! » Soit en d’autres termes :

« Je suis l’Un éternel et immuable qui a été, est et sera. »

Geb est le dieu égyptien de la terre : Saturne, le corps terrestre. Osiris est la conscience voilée par les eaux lunaires : les émotions, passions, affections… Horus est le nouvel Osiris, la conscience épurée ayant retrouvé l’état originel et le vêtement de lumière qui est le sien.

L’initié aux mystères d’Osiris, en passant par l’épreuve de la mort : “l’épreuve de la mise au tombeau” dans l’Osiréïon, à l’aide de la présence de la conscience séparée du corps, dissout toutes les négativités du plan astral lunaire qui vont lui apparaître sous forme de diverses entités et obtient la vision du Soleil levant, projection visuelle interne de l’émergence de sa conscience solaire, de l’état horien qui, tel le divin faucon d’or, s’élève dans l’espace céleste radiant et lumineux. “Le Soleil s’est levé dans Saturne.”

Mais avant d’arriver à vivre pleinement cette épreuve, il convient d’avoir reçu un enseignement préliminaire qui introduise directement à la nature de l’esprit, de sorte que celui-ci se dévoilant au cours de l’épreuve puisse être reconnu pour ce qu’il est et non confondu avec une quelconque vision “mystique” née du plan lunaire.

L’introduction à la nature de l’esprit doit être faite par un maître qui l’a réalisée, au cours d’une transmission orale ou directement de l’esprit du maître à celui du disciple.

S’il est vrai que l’on peut faire seul quelques progrès spirituels, on ne peut cependant, sauf pour de très rares individus exceptionnellement qualifiés dès leur naissance, aller bien loin dans le monde qui mène à l’Un.

De nos jours beaucoup se trouvent égarés par la lubie de la magie cérémonielle issue d’une pseudo-kabbale florissant dans des cénacles “rosicruciens", les fantaisies démagogiques du New Age, et l’occultisme mercantile.

Toutes ces manifestations de la décadence spirituelle de l’Occident, dont les causes ont été parfaitement analysées par divers auteurs tels que René Guénon ou Julius Evola, ne peuvent mener l’homme contemporain qu’à un plus grand degré d’ahurissement et de confusion.

Avant de s’engager dans une réelle ascèse, chacun se doit de se mettre en quête d’un véritable maître, et de s’écarter de toutes les formes de contrefaçons pour être à même de recevoir une transmission spirituelle valide et opératoire.

En Occident, les possibilités d’une telle transmission, bien qu’existantes, sont extrêmement rares et quasi inconnues. En effet, la plupart des courants initiatiques n’ont qu’une valeur symbolique et s’ils ont jusqu’à un certain point leur utilité, il n’en reste pas moins que, sur le plan opératif, étant désertés par le souffle de l’esprit créateur, ils sont parfaitement inefficaces.

De toute façon, la gnose hermétique échappe aux différentes traditions plus ou moins institutionnelles et relève d’une présence a-normale, non conventionnelle, c’est-à-dire en dehors des normes, fussent-elles religieuses ou mystiques. Et ce, bien entendu, dans la mesure où la plupart des courants spirituels aujourd’hui connus se sont progressivement “exotérisés” en s’intégrant à la fausse culture dominante de la société des consommateurs. La spiritualité, l’ésotérisme sont devenus des objets de consommation parmi d’autres et de ce fait, ne sont plus des vecteurs fiables d’éveil et de réalisation. Il n’y a plus dans la plupart de ces “voies”, qui font office de “cache-misère”, que sublimation des aliénations et frustrations, recréation d’un univers phantasmagorique, enfermement inconscient dans une prison par excès d’auto-contemplation, de suffisance et de vanité.

Comprendre ce qu’est la nature de l’esprit et la réaliser, c’est prendre conscience de ce qu’est notre véritable condition originelle. Pour parvenir à cette connaissance, après qu’un maître nous ait introduit dans la dimension de l’esprit, quatre points sont à prendre en considération :

- La pacification des émotions perturbatrices et pulsions permettant de traverser le plan astral lunaire et de se libérer de l’influence vampirique des dieux.

- La vue juste, la vision intuitive, par laquelle on perçoit et on comprend notre condition objective en relation avec l’intelligence solaire de l’Univers. - La contemplation, qui nous permet d’intégrer, de stabiliser l’état objectif primordial et naturel.

- Le comportement, par lequel la conscience de notre état primordial doit s’intégrer dans notre vécu quotidien. L’attitude fait partie de la pratique et cette dernière doit gouverner notre comportement.

Quand le comportement et la pratique sont intégrés, on peut dire que la voie n’est plus un “faire”, un concept, et l’individu se trouve ainsi qualifié pour vivre l’épreuve des mystères d’Osiris.

Vivre une initiation ou pratiquer quelque technique que ce soit sans observer et découvrir l’état objectif de la conscience en nous, c’est marcher à tâtons dans le noir. On ne peut que s’égarer !

Aucune expérience n’est plus importante qui ne vienne de soi pour voir la réalité. S’observer soi-même et entrer dans la conscience est la première étape : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les dieux. »

La voie du Grand Œuvre est le dévoilement de la conscience-énergie vécu au travers de notre propre incarnation. Plus que l’étude d’une tradition ou d’une technique, c’est une façon de travailler sur soi pour atteindre l’état de l’homme-réel.

Cet état de notre nature originelle est situé au-delà du mental raisonnant et discursif. Il implique un saut dans l’abîme quantique, dans la présence pure et non duelle de la conscience, où tous les phénomènes s’originent et disparaissent finalement.

L’état de l’homme-réel est celui de l’homme réintégré qui, en se libérant de toute la structure des sédimentations qui ont fait cette prison qu’est notre personnalité sociale, culturelle, affective,… a réalisé dans sa chair l’état pur et indestructible de la conscience-énergie : le corps solaire, le corps de lumière.

Cet état est inaccessible sans la perte de la forme humaine. Tant que les automatismes mentaux, affectifs et pulsionnels qui suscitent une fixation au monde conventionnel n’ont pas été tranchés, la conscience solaire ne peut se révéler.

Si le candidat à l’initiation ne comprend pas et n’éprouve pas l’absolue nécessité qu’il y a de mourir à la vision ordinaire et dualiste de lui-même et du monde, à ses anciennes habitudes, mieux vaut pour lui ne rien entreprendre car il ne fera qu’entrer dans plus de confusion.

L’introduction préliminaire à la nature de l’esprit par un maître-guide qualifié permet au disciple de découvrir qu’entre deux pensées existe un intervalle de silence, et que cet intervalle est l’état de présence continue de l’écoulement de l’énergie-conscience.

Cette découverte est le corps de la voie de l’alchimie interne en rapport avec nous-même et notre état fondamental originel. Bien que sur cet aspect préalable de la voie, il n’y ait en réalité rien de particulier à faire, il existe néanmoins un certain nombre de pratiques destinées à nous aider à reconnaître l’évidente simplicité de notre véritable nature : “la permanence de la conscience-énergie originelle” : la présence.

Bien entendu, le résultat ne dépend pas seulement de l’enseignement ou des techniques, mais essentiellement du pratiquant qui doit être très conscient et actif. Ce n’est pas l’enseignement qui opère, mais l’individu qui se réalise en l’appliquant. Alors ce dernier se trouve dans la connaissance, dans l’état de présence inhérent à toute expérience.

La voie du corps de lumière est celle de l’art alchimique interne, dont la mise en œuvre nécessite la réalisation préalable de l’état objectif de la conscience et l’initiation aux mystères d’Osiris.

Grâce à l’épreuve des mystères d’Osiris, l’adepte intègre au plus profond de lui-même l’état solaire et découvre nécessairement ce qui lui est corollaire : le secret de la manifestation de l’esprit à travers le monde phénoménal. Il est donc clair que l’homme se doit de découvrir la vie de l’esprit et ses qualités avant d’espérer la possession des secrets de l’incarnation et des substances qui la sustentent ; substances dont l’adepte apprendra à capter l’essence afin de purifier les éléments constitutifs de son entité, et dont il intégrera à sa conscience solaire la pure énergie par un acte de volonté vraie, alchimiquement transformateur.

Alors, tel l’Ouroboros, l’énergie et la conscience se dévorant et s’engendrant mutuellement, demeureront dans l’éternel retour.

La voie alchimique interne est celle du retour à l’Un par lequel la conscience solaire s’actualise dans l’entité de l’adepte sous la forme du corps de lumière.

La tradition de l’alchimie interne du corps de gloire est vieille de plus de cinq mille ans. Les adeptes la développèrent après avoir expérimenté les pratiques de l’alchimie externe et constaté que ses méthodes étaient le plus souvent peu fiables, voire dangereuses pour la santé. Aussi se tournèrent-ils vers la recherche et la compréhension des mystères propres à la vie humaine. C’est ainsi qu’ils découvrirent que le microcosme était en totale correspondance avec le macrocosme et qu’il contenait une puissance infinie et éternelle dont l’homme pouvait apprendre à tirer profit.

De toute évidence, pour parvenir à ce but, la nécessité d’arriver à la connaissance et au contrôle de l’univers interne s’imposait. Leurs investigations les amenèrent à constater que dans le corps circulait une énergie intelligente qui assurait la vie de l’entité humaine et ses différentes activités.

Cette énergie n’était pas sans rapport avec la fonction sexuelle et, distillée par des pratiques appropriées, en circulant à l’intérieur d’un réseau de canaux subtils dont un met plus particulièrement en connexion les trois corps de l’homme : Esprit - Ame - Corps Physique, elle pouvait engendrer un corps d’énergie conscience, l’Ibis qui, à travers différentes phases d’évolution, arrivait à se coaguler en corps de lumière, le corps glorieux et solaire, assurant à son possesseur une très longue vie, bien au-delà des limites reconnues à tort comme normales, et la pérennité de la conscience après la mort du corps physique.

Les moyens de distiller cette énergie offrent un parallèle relativement proche des procédures de la voie métallique externe, sans pour autant être strictement identiques et comparables. La mise en œuvre de l’arcane, conjointement à un yoga approprié indispensable à la pleine réussite, entraîne la naissance de l’embryon philosophique dont la croissance amènera l’adepte à la réalisation du corps glorieux.

Si traditionnellement “les nouveaux emblèmes chymiques des secrets de la nature" : les 50 figures d’Atalante Fugitive de Michel Maïer illustrent une voie métallique, partant du principe que sur tous les plans la vérité est Une, nous avons osé tenter leur commentaire dans une perspective d’alchimie strictement interne : la voie du corps de gloire, pour donner aux yeux de l’intelligence l’objet de méditations appropriées à la compréhension d’une voie très ancienne et particulière du corps de lumière, dont la réalisation représente le but réel et ultime de toute voie authentiquement initiatique.

Michel Maïer (1568-1622), médecin de l’empereur d’Allemagne Rodolphe II, fut l’un des plus grands hermétistes de la fin du XVIe siècle.

« L’empereur apprécia particulièrement la personnalité et les aptitudes de Michel Maïer et le nomma comte palatin. Après 3 ans passés à la cour, l’alchimiste entreprit de voyager pour parfaire ses connaissances.

En 1611, il séjourne à Amsterdam, puis il se rend en Angleterre où on a tout lieu de supposer qu’il rencontra le célèbre hermétiste Robert Fludd . Il est de retour à Prague en 1616. Rodolphe II, son protecteur, étant mort durant cette absence, Michel Maïer passe au service du Landgrave Auguste-Maurice de Hesse, également alchimiste, qui ne tarda pas à l’honorer de la dignité de Chevalier.

Dès lors, Michel Maïer va publier un grand nombre d’œuvres sur l’hermétisme qui témoignent d’une prodigieuse érudition ainsi que de sa haute initiation à l’œuvre physique. »

Outre Atalanta Fugiens 1617, on peut citer parmi ses écrits hermétiques les plus célèbres :

- Le Tripus aureus (Le Trépied d’or) 1618

- Le Viatorum hoc est Montibus Planetarum Septem seu Metallorum (Le Livre des voyages ou des sept montagnes planétaires métalliques) 1618

- La Septimana Philosophica (La Semaine Philosophique) 1620

- Les Cantilenae intellectuales de Phenice redivivo (Cantilènes intellectuelles sur la résurrection du Phénix) 1622

De plus, Michel Maïer fut une figure importante du mouvement Rose+Croix détenteur de la tradition occidentale, à laquelle il consacra de nombreux écrits et qu’il présenta dans un manuscrit conservé à la bibliothèque de Leipzig, comme la continuité des Anciens Frères Mages ou Hommes Sages devenus l’Ordre des Frères de la Rose-Croix d’Or en 1570. Dans les ouvrages suivants, Michel Maïer célèbre la noblesse et l’importance de la Fraternité Rose-Croix :

- Apologeticus (Apologie) 1617 dans lequel il démontre l’existence historique des Rose+Croix.

- Silentium post clamores (Le Silence après les huées) 1617 : une louange à la Fraternité.

- Thémis aurea (La Règle d’or) 1618 : un exposé remarquable du code spirituel des Frères Rose+Croix.

Atalanta Fugiens fut terminée à Francfort-sur-Main en août 1617 et a été publiée la même année à Oppenheim par les soins de Jean-Théodore de Bry (1561-1623), l’un des fils du vieux graveur Théodore de Bry (1528-1598).

De l’édition de 1617 on ne connaît que deux exemplaires détenus, l’un par le British Museum, l’autre faisant partie du fond de la bibliothèque de feu le professeur Carl Gustav Jung à Küsnacht.

La seconde édition de 1618 reproduite récemment par les soins de M. L. H. Wüthrich (Cassel et Bâle - 1964) est la plus connue.

Le cœur d’Atalanta Fugiens est représenté par ses cinquante gravures dont la qualité artistique est évidente comme l’est leur valeur Hermétique attestée par un authentique adepte bordelais du XVIIe siècle, Jean d’Espagnet :

« Les philosophes, dit-il, s’expriment plus volontiers et avec plus d’énergie par un discours muet, c’est-à-dire par des figures allégoriques et énigmatiques, que par des écrits… De ce nombre sont les emblèmes de Michel Maïer qui y a enfermé et comme expliqué si clairement les mystères des Anciens qu’il n’est guère possible de mettre la vérité devant les yeux avec plus de clarté. » «

Que le lecteur ne se laisse pas déconcerter par l’abondance de ces images, mais qu’il se souvienne que chaque nouvelle figure ne fait que représenter un autre aspect du secret divin qui réside dans toutes les créatures. »

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STUCK Francis

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